En résumé
- Compter les mâts ne suffit pas, c’est la forme des voiles et la position du mât arrière qui donnent le nom du bateau
- Trois familles de gréement se partagent l’histoire de la voile, le carré, l’aurique et le latin
- Sur un deux-mâts, un seul repère tranche entre ketch et yawl, la position du petit mât par rapport au safran
- Une goélette se reconnaît à son mât arrière aussi haut ou plus haut que celui de l’avant
- La voile latine, gréement historique de la Méditerranée, est inscrite au patrimoine culturel immatériel depuis 2018
Sur un quai de Sète ou de Saint-Tropez, deux grands voiliers amarrés côte à côte peuvent sembler identiques et porter des noms complètement différents. La confusion est normale, parce que le réflexe naturel consiste à compter les mâts, et que ce comptage vous donne au mieux une famille, jamais un nom. Deux bateaux à deux mâts peuvent être un brick et une goélette, c’est-à-dire deux engins que tout oppose. Ce qui donne le nom tient à trois indices, la forme des voiles, la hauteur relative des mâts et l’emplacement du plus petit. Une fois ces trois repères en tête, on ne se trompe plus, croyez-moi.
Sommaire
Avant de compter les mâts, regardez les voiles
Toute la lecture d’un voilier commence par la forme de sa voilure, et il n’existe que trois grandes familles de gréement. C’est le premier tri, celui qui range un navire dans sa famille avant même qu’on lui donne un nom, et c’est aussi ce qui rend une réduction reconnaissable au premier coup d’œil. D’où le soin que les maquettes de bateaux en bois proposées par Mistral Maquettes apportent aux mâts, aux vergues et aux cordages, autant qu’à la coque.
Le gréement carré vient en premier, et c’est le plus ancien. Les voiles y sont rectangulaires, suspendues à des vergues horizontales placées en travers du bateau. Les Grecs et les Romains naviguaient déjà ainsi. L’ensemble formé par un mât et ses voiles carrées superposées porte un nom magnifique, le phare carré. Excellent au vent portant, ce gréement remonte mal au vent et réclame beaucoup de bras.
Le gréement aurique arrive ensuite. La voile, trapézoïdale, est tendue entre une corne en haut et une bôme en bas, dans l’axe du bateau. Moins spectaculaire, il permet de serrer le vent de bien plus près et se manœuvre à quelques-uns. C’est lui qui a supplanté le carré dans la marine de travail. Le troisième, le gréement latin, mérite un chapitre à part, nous y reviendrons.
Les voiliers à deux mâts et la règle qui les départage

C’est la catégorie qui pose le plus de problèmes, parce qu’un voilier à 2 mâts peut porter quatre ou cinq noms différents selon des détails que l’œil non averti ne remarque pas. Voici comment les séparer proprement.
Goélette, ketch ou yawl, tout se joue à l’arrière
Première question à se poser, lequel des deux mâts est le plus haut. Si le mât arrière est aussi haut ou plus haut que celui de l’avant, vous avez une goélette. Ses voiles sont auriques ou triangulaires, et sa silhouette basse et élancée l’a rendue célèbre chez les pêcheurs et les pilotes pour sa vitesse. Détail que peu de gens connaissent, une goélette n’est pas limitée à deux mâts, il en a existé jusqu’à SEPT !
Si le mât arrière est le plus petit, la réponse se joue à quelques mètres près. Sur un ketch, ce mât d’artimon est planté en avant de la mèche du gouvernail. Sur un yawl, il se trouve en arrière du safran, et il change même de nom puisqu’on l’appelle alors un tape-cul. Une SEULE chose à regarder donc, le petit mât est-il devant ou derrière la barre ? Tout est là…
Brick, brigantin et dundee, les cousins
Le brick est le deux-mâts à voiles carrées par excellence, avec classiquement trois voiles superposées par mât. Rapide et maniable, il a régné de la fin du XVIIe siècle à la première moitié du XIXe, servant aussi bien au commerce qu’à l’exploration, à la guerre et à la piraterie. Les goélettes auriques, moins gourmandes en équipage, l’ont ensuite supplanté avant que la vapeur ne les efface toutes.
Entre les deux existe un hybride, le brick-goélette, ou brigantin, carré à l’avant et aurique à l’arrière. Quant au dundee, c’est tout simplement un ketch qui grée un flèche, cette petite voile triangulaire ajoutée au-dessus de la grand-voile. Un ketch sans flèche reste un ketch, avec flèche il devient dundee, et voilà comment un seul bout de toile change le nom d’un bateau !
Trois-mâts et grands gréements
Au-delà de deux mâts, on entre dans la famille des géants, celle des navires d’expédition, de commerce au long cours et de guerre. Là encore, le comptage ne suffit pas.
Le trois-mâts carré porte des voiles carrées sur ses trois mâts. Son mât d’artimon reçoit à sa base une grande voile aurique, la brigantine, surmontée de voiles carrées. L’Hermione, reconstruite à Rochefort, appartient à cette catégorie.
Le trois-mâts barque lui ressemble à s’y méprendre, à une exception près. Son mât d’artimon ne porte aucune voile carrée, seulement la brigantine et un flèche. Le Belem appartient à cette catégorie, ce qui donne un moyen mnémotechnique imparable, B comme Belem, B comme barque. Le trois-mâts goélette, lui, ne conserve un phare carré que sur son mât de misaine, à l’avant. Au-delà, la nomenclature suit la même logique, quatre-mâts barque, cinq-mâts goélette. Les navires à six mâts se comptent sur les doigts des deux mains, et un seul sept-mâts a jamais été construit dans toute l’histoire de la voile…
Caravelle, frégate et clipper, les silhouettes de l’histoire
Certains noms de navires appartiennent moins à une typologie de gréement qu’à un usage et à une époque. Ils reviennent pourtant sans cesse, et méritent qu’on les remette à leur place.
La caravelle est un bateau portugais, imaginé vers 1430 et bientôt adopté par l’Espagne. Elle mesure vingt à trente mètres seulement et porte deux à trois mâts. Son gréement d’origine est entièrement latin, ce sont d’ailleurs des caravelles gréées ainsi qui permirent aux Portugais de descendre le long de l’Afrique de l’Ouest, avant qu’un gréement mixte n’associe voiles carrées à l’avant et latine à l’arrière.
Sa force tient à ce qu’elle n’a rien d’un géant. Peu coûteuse à armer, tirant peu d’eau, remarquablement maniable, elle pouvait remonter au vent et explorer des côtes inconnues là où un gros navire n’osait pas s’aventurer. C’est cette modestie qui en a fait le navire des grandes découvertes, et non une quelconque puissance. Elle naviguait aussi armée en guerre, sous les bannières des puissances occidentales comme sous celles de l’Empire ottoman.
Galion, frégate et clipper, la guerre et le commerce
Le galion succède à la caravelle du XVIe au XVIIIe siècle, dans un tout autre registre. Cinquante à soixante mètres, trois à cinq mâts, voiles carrées complétées d’une latine à l’arrière, il est conçu pour convoyer l’or et les épices, et ses batteries de canons en font aussi un redoutable navire de guerre. La frégate prend le relais sur le terrain militaire, quarante à cinquante mètres, gréée en trois-mâts carré et taillée pour la vitesse, avec onze nœuds de moyenne.
Le clipper ferme la marche au XIXe siècle. Trois mâts ou plus, coque effilée, voilure démesurée, il est conçu pour une seule chose, aller vite. Il convoyait le thé et le coton de l’Empire britannique, puis les chercheurs d’or de New York vers San Francisco par le cap Horn, à plus de neuf nœuds de moyenne. Il représente l’apogée absolue du gréement carré, juste avant que la vapeur ne le rende obsolète. Toute cette histoire marinière se lit encore dans les carènes exposées le long des quais.
La voile latine, signature de la Méditerranée
Reste la troisième famille de gréement, longtemps la plus répandue entre Marseille et le Levant, et la plus reconnaissable de toutes.
La voile latine se distingue immédiatement à son antenne, une longue vergue posée en oblique sur le mât, qui donne à la voile sa forme triangulaire caractéristique. Cette antenne est faite de deux pièces, la penne en haut et le car en bas, liées entre elles par des roustures. Un inconvénient majeur a pourtant scellé son destin. Sur les grands navires, cette antenne devenait tout simplement ingérable. Celle d’une galère pouvait dépasser trente mètres et peser une tonne et demie, une masse impossible à manœuvrer sans un équipage pléthorique dès que le vent forcissait. Les gros porteurs lui ont donc préféré le phare carré, dont la voilure divisée réclamait bien moins de bras. L’art de la navigation sous voile latine est inscrit à l’Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France depuis 2018.
Ce gréement arme toute une flottille méditerranéenne. La tartane d’abord, dont les versions vivandières ravitaillaient au XVIIIe siècle les lourds voiliers d’expédition. La barquette marseillaise ensuite, barque de pêche emblématique développée dans la seconde moitié du XIXe siècle grâce aux charpentiers d’origine italienne, elle aussi inscrite au patrimoine immatériel et parfois classée monument historique. S’y ajoutent le pointu, la barque catalane, la bette ou le chébec, autant de silhouettes que l’on croise encore dans un port de pêche méditerranéen.
Les types de voiliers en un coup d’œil
Récapitulons la méthode, qui tient toujours aux trois mêmes indices. Quelle forme ont les voiles, carrées, auriques ou latines ? Lequel des mâts est le plus haut ? Et où se situe le plus petit par rapport à la barre ? Le nombre de mâts sert à trier, ces trois réflexes servent à nommer, et ils suffisent à identifier la quasi-totalité des types de voiliers que l’on croise dans un port.
Un mot au passage sur les monomâts, absents de ce tableau parce qu’ils sortent de la catégorie des grands voiliers. Un bateau à un seul mât est un sloop s’il ne porte qu’une voile d’avant, un cotre s’il en porte deux ou plus. C’est le gréement de l’immense majorité des voiliers de plaisance modernes, et la simplicité même comparée à tout ce qui précède.
Le tableau ci-dessous va du plus courant au plus rare, et le critère décisif figure toujours dans la dernière colonne.
| Nom | Mâts | Le détail qui l’identifie |
|---|---|---|
| Goélette | 2 et plus | Mât arrière aussi haut ou plus haut que l’avant |
| Ketch | 2 | Petit mât arrière, planté devant le safran |
| Yawl | 2 | Petit mât arrière, planté derrière le safran |
| Dundee | 2 | Un ketch, mais avec un flèche au-dessus de la grand-voile |
| Brick | 2 | Voiles carrées sur les deux mâts |
| Trois-mâts carré | 3 | Voiles carrées jusque sur l’artimon |
| Trois-mâts barque | 3 | Artimon sans aucune voile carrée |
| Tartane | 1 à 2 | Antenne oblique de voile latine |
Questions fréquentes
Comment s’appelle un voilier à deux mâts ?
Il n’existe pas un nom mais plusieurs, selon la hauteur et la position des mâts. Si le mât arrière est le plus haut, c’est une goélette. S’il est le plus petit et planté devant le safran, c’est un ketch, et derrière le safran, un yawl. Si les deux mâts portent des voiles carrées, il s’agit d’un brick.
Quelle est la différence entre un ketch et un yawl ?
Uniquement la position du mât arrière par rapport à l’axe du gouvernail. Sur un ketch, il est implanté en avant de la mèche du safran, et se nomme mât d’artimon. Sur un yawl, il se trouve en arrière et prend le nom de tape-cul. Dans les deux cas, ce mât reste plus petit que le grand mât placé à l’avant.
Qu’est-ce qu’une goélette exactement ?
Un voilier dont le mât arrière est au moins aussi haut que le mât avant, gréé de voiles auriques ou triangulaires. Réputée pour sa vitesse et sa facilité de manœuvre à effectif réduit, elle a été le bateau favori des pêcheurs, des pilotes et des contrebandiers. Elle peut compter deux mâts, mais aussi trois, quatre, et jusqu’à sept dans un cas unique.
Quelle est la différence entre un trois-mâts carré et un trois-mâts barque ?
Elle se lit sur le mât arrière. Un trois-mâts carré porte des voiles carrées sur ses trois mâts, artimon compris. Un trois-mâts barque n’en porte aucune sur son artimon, qui ne reçoit qu’une brigantine aurique surmontée d’un flèche. Le Belem est un trois-mâts barque, l’Hermione un trois-mâts carré.
Qu’est-ce que la voile latine ?
Un gréement triangulaire tendu sur une antenne oblique, traditionnel dans tout le bassin méditerranéen depuis le haut Moyen Âge. Il équipe la tartane, la barquette marseillaise, le pointu, la barque catalane ou le chébec, et fut aussi le premier gréement des caravelles. Sa pratique est inscrite à l’Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France.




